Lettre à la mère que j’étais, il y a 10 ans

ou cette période où je fais la p… : oui, oui ! Vous devinez parfaitement le mot qui se cache derrière ces petits points. Le mot est peut-être fort, j’en conçois. Mais, de temps en temps, appeler un chat un chat est franchement bon pour la santé. Comme l’a fait une autre maman-blogueuse, je m’adresse aujourd’hui à la mère que j’étais il y a 10 ans.

lien mère et fils

Chère idiote,

Janvier 2007, tu ne t’en rendais pas compte mais tu foutais la vie de ton fils en l’air : ni plus, ni moins !

5 mois auparavant, tu emménageais dans un nouvel appart’ où, enfin, ton fils avait sa chambre, de la place pour jouer, une baignoire pour patauger et pour balarguer de l’eau dans la salle de bain. Et toi, tu avais, enfin, de quoi installer un vrai coin bureau pour poser ton ordi et pour bûcher les cours. Ouais ! On était mieux installés que dans un T1 bis, c’est sûr.

Néanmoins, un foutu petit bémol a surgi : ton bailleur a prélevé le loyer plein-pot, sans déduire les APL que la CAF lui a versées et hors de question de te rembourser le trop-perçu. Alors avec moins de 100 balles pour survivre pendant un mois, t’as sollicité l’aide d’une assistante sociale… qui a remis en cause ta situation de galérienne pour ne se focaliser que sur ton fils qui cavalait beaucoup dans son bureau.

L’enfer est pavé de bonnes intentions

1 mois plutard, tu recevais la visite d’une autre assistante sociale qui voulait te faire part de son inquiétude : selon elle, ton fils était en danger vu qu’il bougeait trop et qu’il ne parlait pas encore correctement. Bref, c’est carrément pas normal et la MDSI (Maison Départementale de la Solidarité et d’Insertion) allait te suivre de très près, plus assidûment que des twittos qui te follow. Pourtant, à la crèche, on t’a dit qu’il ne fallait pas trop paniquer : Chaque enfant est unique et évolue à son rythme sans suivre à la lettre celui des bouquins de puériculture (qui veut dire étymologiquement « élevage d’enfant »). Le conseil de l’équipe de la crèche : un test auditif et des consult’ auprès d’un.e orthophoniste voire auprès d’un.e pédopsy.  Ça l’aidera pour son entrée en maternelle, prévue pour septembre 2007.

Or la MDSI t’a orientée vers le CMP (centre médico-psychologique), avec insistance puisque c’est gratos. Et puis, ça t’arrangeait car ta mutuelle étudiante était pénible pour te rembourser rapidement et/ ou correctement !

Alors t’as suivi ses instructions. Au CMP, on t’a dit qu’on ferait une batterie de consult’ pour établir un bilan : bilan qui abouterait à une recommandation adéquate à la situation du bonhomme.

4 consult’ plus tard, le fameux bilan n’ayant toujours pas eu lieu, une autre assistante sociale (encore) t’a convoqué à la MDSI pour … te faire remplir et signer une demande d’orientation, à temps plein, dans un ITEP (Institut Thérapeutique Éducatif et Pédagogique) auprès de la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées). Tu t’es dit : «  Pourquoi acter une orientation en établissement spécialisé alors que je n’ai pas eu de bilan définissant les soucis à régler ? ». D’un « C’est pour mieux anticiper les choses car la MDPH est très … très … très lente pour traiter les dossiers ? », ta légitime question a eu sa réponse. Bref, pas très pédagogique, l’explication de cette assistante sociale. Pas rassurant non plus. La situation ressemblant  à ceci :

Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt

On t’a promis la lune et tu as regardé le doigt de la promesse d’une scolarité meilleure pour ton fils. Malgré tes googlisations sur tous les acronymes (CMP, MDPH, ITEP, …) pour dissiper tes doutes et tes questions sans réponse, tu as foncé tête baissée dans un engrenage fou qui impactera ta vie et celle de ton fils, 10 ans après.

Ce qui est ballot est que toi qui ne signais jamais quelconque contrat sans avoir lu les petites lignes écrites avec une typo illisible et une taille de police à 4 points, tu as acté une orientation « médicale » promettant une mise à l’écart de ton fils du système scolaire… sans avoir de bilan et de diagnostic. Un comble pour toi qui obtiendras,  dans quelques mois, ton BTS en com’ où la stratégie est de mise. Eh ! Oui, le b.a. –ba du communicant est d’établir un bilan et un diagnostic, avant de définir une stratégie de com’.

Soit t’es fort.e, soit t’es mort.e

Tu me dirais que je semble un peu dure vis-à-vis de toi, la mère que tu étais en ces jours de janvier 2007. Vous aussi, lectrices et lecteurs, je vous imagine en train de vous dire « Ouch ! ». Je comprends mais je poursuis ma missive ;

Car c’est dur de constater aujourd’hui que ton fils a mangé, dégusté et absorbé des coups, au sens propre comme au sens figuré. Même si tu t’es réveillée en 2011 pour sortir ton fils de cet ITEP pour lui faire intégrer l’école, l’entrée y a été tout sauf simple. Puis, entendre ton fils unique me dire désormais : «  On a abîmé mon enfance » ; Et moi de batailler pour son présent et son avenir, malgré un diagnostic volontairement erroné d’autisme et de déficience intellectuelle, l’entêtement de tes interlocuteurs ne voulant pas reconnaître leurs torts, un signalement, une AEMO (oui encore un acronyme voulant dire – Assistance Éducative en Milieu Ouvert), …

Justement, dans 9 ans, en ce 25 janvier 2016, le service d’AEMO, en collusion avec l’ancienne école primaire de ton loupiot, tentera, pour la énième fois, de faire avaler au juge pour enfant que ton fils est dans le spectre autistique, qu’il n’a pas sa place à l’école et qu’il doit être placé vu que la mère ne collabore pas, tant qu’à faire.

« Marrant » quand on sait qu’en juillet 2014, le CHU de Bordeaux a établi clairement que l’autisme était écarté, que la déficience intellectuelle aussi et que ton fils a un trouble de l’attention. « Hilarant » aussi quand on sait que ce « service » éducatif a été mis au courant dès l’établissement du vrai diagnostic, bilan écrit à l’appui. Je ne te raconte pas la tête de la juge lorsqu’elle comprendra le flagrant délit de nombreux mensonges. Entre autres, on avait tenté d’imposer une AVS individuelle pour … « empêcher » ton fils d’être frappé, insulté et accusé de toutes les rumeurs imaginables. Tu as déposé une demande à la MDPH, malgré le ridicule et l’inefficience de cette demande qui a été purement et logiquement refusée. Pourtant le service AEMO a eu le bagou de dire «  La mère non coopérante n’a pas déposé de demande comme on lui a préconisé ». Ces professionnels de l’éducation ont été inévitablement virés par la juge …

… qui a, néanmoins, nommé un nouveau « service » AEMO du même acabit que le précédent jusqu’à la fin de la mesure qui n’a de fin qu’en théorie.

Enfin bref, la connerie que tu as faite en 2007 t’apprendra ceci :

« Tu ne sais jamais à quel point tu es fort jusqu’au jour où être fort est ta seule option ».
Bob Marley

Et franchement à toi qui as fait la p… auprès des services sociaux pour avoir la « paix sociale » avec eux : j’ai aussi envie de te remercier !

Car, aujourd’hui, j’ai choisi de vivre. Ton fils poursuit sa vie : entre autres, il est dans un collège bordelais avec une équipe bienveillante, sensée et, surtout, humaine.

Signé toi dans 10 ans et qui as bien appris


Alors, chers lectrices et lecteurs, pensez-vous vraiment que j’ai été dure envers cette mère de 26 ans qui pensait bien faire ?

2 réflexions sur “Lettre à la mère que j’étais, il y a 10 ans

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